Jean-François Vigier
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Jean-François Vigier : « L’État doit venir en appui de la transition énergétique des territoires »

Maire de Bures-sur-Yvette (Essonne) et conseiller régional d’Île-de-France, Jean-François Vigier préside le Syndicat intercommunal des ordures ménagères (Siom) de la Vallée de Chevreuse. Le Siom est engagé depuis plusieurs années dans une démarche de maîtrise et de valorisation des déchets, afin de favoriser la transition écologique et énergétique de son territoire.

La Revue des territoires – En quoi la transition écologique, et plus particulièrement sur le plan énergétique, est-elle une priorité pour nos territoires ?

Jean-François Vigier – La transition écologique s’est véritablement imposée à nous, maires et élus locaux, lors du précédent mandat. Je suis pour ma part élu d’un territoire qui présente une hyper sensibilité quant à cet enjeu de transition. La nature occupe en effet une place de choix dans nos communes, situées en zone périurbaine à proximité de Paris, et nous sommes conscients de la prise de conscience de l’urgence climatique par nos concitoyens depuis trois ou quatre ans. Le dérèglement climatique est une réalité et il faut adapter nos modes de vie en conséquence. C’est devenu une priorité.

Cette question est transversale et concerne tous les sujets de la vie quotidienne. Tel est le cas pour l’urbanisme : les promoteurs et aménageurs vont devoir intégrer de nouvelles contraintes dans le cadre de leurs constructions. Il en va de même en matière de mobilité, puisque les vélos et les liaisons douces prennent de plus en plus d’importance. Cela nous oblige à réfléchir en termes de partage de l’espace public entre les différents modes de déplacement. Le sujet de l’alimentation est tout autant concerné, avec une aspiration croissante à une agriculture de proximité et à des circuits courts.

Et puis je pense à l’énergie. La question de l’urgence climatique repose beaucoup sur les déperditions en carbone. Il nous est devenu essentiel de mesurer la dépense en énergie de nos bâtiments publics, qu’ils soient administratifs, culturels, sportifs ou scolaires. Nous devons rénover ces lieux, afin de les mettre aux normes et d’éviter les pertes d’énergie.

J’en arrive à notre syndicat de déchets, le Siom. Ce qui a changé depuis quelques années, c’est que nous étions à l’époque sur une activité de service public de collecte et de traitement. Aujourd’hui, nous sommes à la tête d’un outil industriel qui nous permet de penser l’économie circulaire. Je rappelle que notre syndicat est fort d’une activité généraliste en matière de déchets : nous collectons, nous trions, nous incinérons et nous valorisons. C’est-à-dire que, avec l’incinération, nous produisons de la chaleur et de l’électricité. Nous inscrivons cette boucle complète dans une démarche d’économie circulaire. Et c’est l’ensemble de nos déchets que nous visons. Cela vaut pour les déchets verts que nous transformons en compost, et bientôt les déchets alimentaires.

En parallèle de cette perspective d’économie circulaire, notre démarche relève aussi de l’économie sociale et solidaire. Ainsi, nous allons ouvrir sur le plateau de Saclay, d’ici trois ans, une déchetterie qui offrira une activité de ressourcerie. À tous les niveaux du syndicat, et à travers de multiples approches, nous travaillons en faveur de la transition énergétique.

La RDT – Vous appeliez de vos vœux, dans une tribune, une plus étroite association des collectivités aux politiques « vertes » du pays. Comment peut-on faire des territoires des acteurs majeurs de cette transition ?

J.-F. V. – Il faut, d’abord, s’appuyer sur le plan de relance national pour donner les moyens aux collectivités locales de mettre en œuvre leurs actions « vertes ». Cela concerne non seulement les villes et les communautés d’agglomération, mais aussi les établissements intercommunaux tels que le Siom. Nous réfléchissons à investir localement, dans le cadre du plan de relance, en faveur de la transition énergétique. Par exemple, nous réfléchissons à réaménager le site de notre syndicat pour faire de la place à une unité de méthanisation. Dans le même sens, nous nous apprêtons à initier en avance, avant même que la loi ne nous y oblige, une expérimentation sur la collecte des biodéchets chez nos concitoyens.

Nous, collectivités et syndicats, voulons toujours avoir un temps d’avance. Mais pour cela, nous avons aussi besoin de l’aide de l’État. On ne peut pas dire que l’on aide les communes et les syndicats à œuvrer pour la croissance verte et, en même temps, nous faire subir une augmentation très importante de la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) jusqu’en 2025. Je veille, de mon côté, à ne pas augmenter la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) et l’ai même baissée, ces huit dernières années, à six reprises. Malgré cela, nous investissons pour maintenir notre syndicat au plus haut niveau d’innovation : l’État doit nous donner les moyens de mener à bien ces politiques innovantes.

La RDT – Vous visez 600 tonnes de biodéchets valorisés en 2021 : est-ce significatif ou cela reste-t-il « gadget » ?

J.-F. V. – On ne peut pas parler de « gadget » : la loi a été votée [NDLR : la loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire] et nous devons l’appliquer. C’est 600 tonnes de plus que nous pouvons valoriser. Nous, au Siom, avons fait le choix de déployer progressivement cette collecte en porte à porte, dès 2021 et donc sans attendre l’échéance de 2024. Ainsi, depuis un mois, nous offrons aux gros producteurs de biodéchets (plus de dix tonnes par an) une collecte de ces déchets. Ces producteurs sont à la fois des établissements publics, comme des lycées ou des écoles, et des opérateurs privés, à l’instar des grandes surfaces.

Nous avons également décidé de démarrer, au second semestre, une expérimentation de collecte des biodéchets dans les quartiers pavillonnaires. L’idée est bien de nous préparer ainsi que les habitants et les acteurs du territoire dès maintenant, pour être pleinement opérationnels d’ici 2024.

J’évoquais notre projet d’installer un méthaniseur sur le site du syndicat. Cela aurait du sens que le Siom se dote d’un équipement de ce type à même son site. Nous avons vraiment cette envie d’avancer sur la question des biodéchets, qui n’est pas accessoire. Elle nous permet de passer une étape essentielle dans notre plan de réduction des déchets, déployé depuis 2011, et de poursuivre le développement de l’économie circulaire sur le territoire.

La RDT – Avez-vous le sentiment que la transition énergétique devient un enjeu sociétal majeur aux yeux de vos administrés ? Ou reste-t-elle à la marge d’autres priorités ?

J.-F. V. – Ce n’est pas l’aspect le plus visible dans la famille de la transition écologique. Les questions liées à l’alimentation, la mobilité ou la place de la nature en ville sont plus parlantes et plus proches du quotidien de nos concitoyens. Mais les biodéchets et l’économie circulaire constituent la traduction de la transition énergétique dans les actes. Si l’on parvient à mener ces actions tout en poursuivant notre démarche de réduction des déchets, nous nous inscrirons dans le cercle vertueux de l’économie circulaire.

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