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Idées et innovationsMobilité

Quel « monde d’après » pour nos modes de déplacement en ville ?

Par Thomas Verstrepen, consultant et membre des Vendredis de la Colline.

Le confinement, puis le déconfinement, ont été autant d’invitations à penser la manière de se déplacer en ville. Thème déjà central, avant même l’épisode de la Covid-19 dans le cadre de la transition écologique et des élections locales, la mobilité est appelée à évoluer : par quels moyens imaginer des modes de transport efficients, tant dans leur utilisation de l’espace que des ressources naturelles ?

L’innovation frugale propose une approche aussi économique que radicale. Démarche popularisée par Navi Radjou et Jaideep Prabhu, son mantra est le suivant : « faire mieux avec moins ». Profitons de la relance post-crise, qui s’amorce péniblement, pour affermir ce principe de frugalité dans les mobilités urbaines. Tout l’enjeu est de pouvoir engager une réflexion profonde sur la nature et la pertinence même de nos déplacements.

Et si la transition écologique modifiait durablement la circulation urbaine ?

Les facteurs épidémiques et les pics de pollution font évoluer notre regard sur la mobilité. Cette prise de conscience progressive rend plus que jamais possible – en plus d’être nécessaire – un rééquilibrage entre les différents modes de déplacement. Objectif assumé : cap vers la neutralité climatique à horizon 2050, telle qu’annoncée dans le Green Deal européen.

Une première tentation – la plus évidente – consiste à redessiner littéralement les voies de circulation pour permettre un partage plus équitable et sécurisé de l’espace public. Les pistes cyclables sanctuarisées et les voies dédiées aux mobilités partagées fluidifient le parcours des usagers et leur donnent confiance, notamment lorsqu’un rebord délimite physiquement les différents espaces.

Au-delà des voies de circulation, la rue en elle-même doit être repensée. Cela passe par des places ou des arceaux dédiés aux vélos et vélos cargos, pour offrir de nouvelles possibilités de stationnement aux mobilités douces, ainsi que par des box sécurisés fermés pour faire face aux dégradations et aux vols, principales craintes des usagers (13 vols de vélos par jour ont été déclarés en 2018 à Paris).

L’émergence des rues thématiques, telles que les vélorues, montre que les hiérarchies de circulation peuvent s’inverser. Les mobilités les plus imposantes deviennent les « invitées » là où piétons et mobilités douces sont prioritaires. Ceci diminue les facteurs de risque et joue un puissant rôle incitatif, sans avoir jusqu’à débitumer ou piétonniser strictement certaines rues.

De nouveaux modes de déplacement et davantage d’indépendance

De nouvelles mobilités ont émergé depuis le milieu des années 2000 : d’abord les vélos en libre-service sur bornes, puis d’autres offres accessibles à la demande comme l’autopartage ou les véhicules électriques personnels – dont la désormais emblématique trottinette. L’idée sous-jacente est de concevoir une alternative crédible à la voiture personnelle, tant économiquement qu’écologiquement.

Les mobilités partagées en libre-service, comme les vélos ou les voitures en autopartage, nécessitent souvent des bornes pour le parking et la recharge – ce qui implique des travaux et de la maintenance. Des solutions plus légères apparaissent, amovibles et temporaires : la start-up de vélos partagés Zoov permet par exemple d’attacher les vélos les uns aux autres directement. Le free floating évolue aussi grâce à de nouveaux modèles économiques plus souples, comme celui de Pony qui propose à ses utilisateurs d’acheter un vélo ou une trottinette, puis de les laisser en libre-service afin d’empocher la moitié des prix de course.

En marge du développement de la mobilité partagée, les technologies vertueuses n’ont jamais été aussi accessibles. En effet, de nouvelles solutions permettent de transformer un véhicule thermique ou mécanique en électrique et ainsi apporter un bénéfice équivalent pour un moindre coût. Il faut dire, en toile de fond, que le vélo à assistance électrique est de plus en plus plébiscité (l’Union Sport & Cycles prévoit un million de ventes à horizon 2024-2025), de même que la voiture électrique (les véhicules thermiques seront interdits d’ici à 2040).

Il est par exemple possible d’ajouter une assistance électrique à un vélo mécanique par le simple ajout d’une roue spécifique (telle est la promesse de la start-up niçoise Teebike) ou de transformer sa voiture à essence grâce au « retrofit » (Carwatt est pionnier en matière de remplacement d’un moteur thermique par une batterie électrique). Le mouvement n’en est qu’à ses débuts : la peur du recours aux transports publics « classiques » (bus et métro), en plein épisode épidémique, doit permettre de réorienter de nombreux usagers vers l’ensemble de ces modes émergents.

Les collectivités et les citoyens, au cœur des transports de demain

De « monde d’après » dans les transports, il n’y en aura sans le concours des collectivités et des citoyens. Les collectivités, précisément, peuvent faciliter l’entretien des modes de déplacement alternatifs en mettant à disposition un « petit » mobilier urbain (regonflement des roues, bornes de réparation, protections de selle pour vélos, etc.).

Elles doivent aussi s’impliquer pour accompagner la prise de conscience et le changement des mentalités, au travers notamment d’un partage efficace d’informations : identification des meilleurs itinéraires vélos, cartographie de la circulation automobile, compteurs automatiques, affichage des temps de parcours à pied, niveau de pollution ou de bruit, etc.

Le concept du Nudge – prônant le « coup de pouce » subtil pour influencer les prises de décisions collectives et individuelles – peut s’avérer être un moyen efficace et peu coûteux en vue de promouvoir la marche à pied, une circulation à vitesse ralentie ou une attention renforcée aux feux rouges. Cela passe concrètement par des effets d’optique au sol ou sur les murs, des bruitages ou encore des images diffusées sur écran.

En matière de transport, le « monde d’après » se dévoile déjà : il sera frugal. Et les conséquences de la crise sanitaire ne devront pas constituer autant d’obstacles à la transition écologique entamée par les modèles de déplacement urbains. Il est à prévoir que le dialogue citoyen, à travers des formes diverses telles que les budgets participatifs, s’affirmera comme l’un des principaux leviers pour adapter durablement les villes à l’évolution des usages.

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