Alain Leboeuf
ÉnergieIdées et innovations

Alain Lebœuf (Vendée Énergie) : « Avec un kilo d’hydrogène, une voiture peut parcourir cent kilomètres »

Alain Lebœuf est vice-président du conseil départemental de la Vendée et président de Vendée Énergie, une société d’économie mixte créée en 2012 pour assurer la production et la distribution d’énergies renouvelables. Il répond aux questions de La Revue des territoires sur les enjeux de la transition énergétique.

La Revue des territoires – Comment accompagnez-vous, au niveau du département et de Vendée Énergie, la transition énergétique au sein de votre territoire ? Quels sont vos projets phares en la matière ?

Alain Lebœuf – Notre premier projet est de travailler, depuis 2015, sur les mobilités décarbonées. Nous avons commencé par l’électromobilité, en disposant une centaine de bornes de recharge sur tout le territoire de la Vendée. Nous nous sommes rendus compte qu’il fallait rassurer les acheteurs potentiels de véhicules électriques, en veillant à ce qu’ils ne soient pas à plus d’un quart d’heure d’une borne de recharge en cas de problème. À partir de ce moment, nous avons vu les ventes décoller et obtenu le taux de pénétration de véhicules électriques le plus élevé en France.

Nous avons démontré que le véhicule électrique est encore plus adapté à la campagne qu’en ville. En effet, pour amortir le surcoût d’achat, il faut effectuer des kilomètres et la campagne s’y prête bien. Le véhicule électrique est non seulement plus écologique, mais également plus rentable. Nous voulions démontrer que nous pouvions prendre soin de nos paysages et de notre atmosphère, tout en faisant des économies. Quand on habite à trente kilomètres de son lieu de travail, l’électrique permet de faire l’aller-retour pour un euro et cinquante centimes en rechargeant chez soi, c’est-à-dire le prix d’un ticket de métro.

Nous avons donc essayé de favoriser l’implantation du véhicule électrique, en parallèle de l’énergie que l’on produit au titre de Vendée Énergie. Nous produisons de l’énergie à partir de l’éolien et du photovoltaïque, puisque la Vendée est pourvue en vent et en soleil. Chaque année, nous organisons un Vendée Énergie Tour pour expliquer aux Vendéens qu’ils peuvent rouler de façon propre avec une énergie locale.

Après avoir noté des résultats auprès des particuliers, nous avons essayé d’agir auprès d’une deuxième cible, celle des camions, des bus et des autocars. L’électrique n’est pas complètement adapté en raison du poids de ces véhicules, mais il est possible de recourir au bioGNV [NDLR : biogaz obtenu de la méthanisation de divers déchets organiques]. Avec Vendée Énergie, nous avons commencé à investir depuis plusieurs années dans des unités de méthanisation. Nous fabriquons ainsi localement une énergie renouvelable grâce à une agriculture d’élevage et une industrie agroalimentaire dynamique, à l’image de Fleury Michon, Sodebo, etc. Notre département a déjà atteint les objectifs fixés par Emmanuel Macron pour 2030 : 10 % du gaz consommé en Vendée est produit dans notre territoire.

Nous avons notamment travaillé avec le lycée local qui forme les chauffeurs routiers. L’établissement a acquis un camion utilisant du bioGNV. Pour nous, ce camion est un vrai ambassadeur. Pendant les vacances scolaires, il est prêté aux entreprises pour qu’elles puissent l’essayer. De même, les élèves en parlent au sein de leur entreprise lorsqu’ils partent en stage.

En plus de l’électromobilité et du biogaz, nous avons un dernier grand projet portant sur la mobilité. Nous sommes fiers de travailler de longue date sur l’hydrogène, qui est l’énergie la plus propre, la plus décarbonée et la plus recyclable. Dès 2015, j’avais déposé un dossier à ce sujet auprès de Bercy. De plus, Vendée Énergie avait construit son premier parc éolien en 2003 et était tenue par un contrat d’obligation d’achat avec EDF sur quinze ans. À partir de 2018, nos éoliennes ont été libérées de ce contrat d’achat, nous permettant de vendre notre électricité sur le marché. Nous avons alors souhaité utiliser cette électricité, venant d’un parc éolien amorti, pour fabriquer de l’hydrogène par électrolyse. Au mois de juin prochain, ce projet porté avec la start-up Lhyfe commencera à produire ses premières centaines de kilos d’hydrogène par jour.

La RDT – L’hydrogène bénéficie d’une forte exposition médiatique, avec notamment l’installation par le gouvernement d’un conseil national dédié. S’agit-il d’un effet de mode ou d’une voie d’avenir pour la transition énergétique française ?

A. L. – Ce n’est surtout pas un effet de mode. Nous sommes tout simplement en retard et nous allons désormais nous y précipiter. C’est pour cela que la France investit sept milliards et demi d’euros sur l’hydrogène et l’Espagne neuf milliards, comme l’Allemagne. Tout le monde a compris que si l’on veut décarboner les transports, notamment, il faudra avoir recours à cette énergie puissante.

La batterie ne pourra pas tout régler. Son problème est que de nombreux transports requièrent beaucoup d’énergie et donc une grande autonomie. Or, plus on voudra augmenter l’autonomie et plus il faudra augmenter le poids des batteries, et donc l’énergie nécessaire pour les transporter. La batterie restera une solution, mais pas pour les charges importantes et les longs déplacements. Alors qu’avec un kilo d’hydrogène, une voiture peut parcourir cent kilomètres.

La RDT – L’enjeu de l’efficacité énergétique est mis en avant par le gouvernement, dans le cadre de son plan de relance. Accompagnez-vous, à l’échelle de votre territoire, ce mouvement de rénovation énergétique des bâtiments ?

A. L. – L’efficacité énergétique est un incontournable. Quand j’ai pris la présidence du syndicat départemental d’énergie et d’équipement de la Vendée (Sydev), il y a six ans, j’ai souhaité flécher vingt millions d’euros pour aider les maires à initier la rénovation énergétique de leurs bâtiments publics. Nous avons rénové un peu plus de cent cinquante bâtiments publics dans nos communes. La moyenne de gain en énergie primaire est de 65 %. Effectivement, il y a un vrai sujet et il faut que l’on accélère cette rénovation énergétique. Trop de pertes d’énergie pourraient être évitées. Il faut d’abord commencer par l’économiser avant d’aller chercher de nouvelles sources de production.

L’idée est également de montrer l’exemple. Si les communes ne le font pas, nous ne parviendrons pas à attirer le privé sur le terrain de l’efficacité énergétique. Nous essayons de promouvoir des programmes, avec la région, à destination du privé. Au niveau du département, nous fléchons aussi les aides à la pierre vers la rénovation énergétique.

La RDT – En termes de production d’énergies renouvelables, Vendée Énergie déploie des ombrières photovoltaïques sur les parkings. Quelle est votre stratégie au travers de cette initiative ?

A. L. – Nos territoires n’ont pas besoin de coups ponctuels et isolés, non porteurs de sens, mais d’une vraie réflexion globale et acceptable. En plus de la mobilité et des économies d’énergie, nous travaillons aussi sur la production énergétique. Or, nous observons qu’une partie de la population ne supporte plus le développement à outrance de l’éolien. Des associations s’organisent. L’éolien est certes une source de production intéressante d’énergie renouvelable, mais nous ne pouvons pas travailler uniquement cet aspect-là.

En conséquence, nous œuvrons à développer le photovoltaïque. Notre objectif est de construire trois centrales photovoltaïques cette année, sur d’anciens centres d’enfouissement technique. Ces surfaces ne peuvent pas être restituées à des fins agricoles, pour l’instant, et nous en profitons pour valoriser utilement ce type de foncier. Maintenant, quand de grands plans photovoltaïques sont annoncés au niveau national, je me pose la question : où cela sera-t-il fait ? En tant qu’élus, nous avons ce souci du territoire et de la protection de nos terres agricoles. Il faut développer le photovoltaïque, mais cela ne peut pas se faire sur ces dernières. Par ailleurs, les PLU et PLUi sont déjà très contraints et il n’est pas question d’y ajouter du photovoltaïque.

Pour autant, nos communes regorgent de surfaces artificialisées. Ne serait-ce que les parkings : de l’école, de la mairie, du terrain de foot, de la salle polyvalente, etc. J’ai ainsi proposé de lancer un grand programme d’ombrières sur ces parkings, à l’échelle du département, qui n’affecte aucunement le foncier et produit de l’énergie au cœur des territoires. Tout en liant l’utile à l’agréable : quand il y a du soleil, ma voiture est à l’ombre, et quand il pleut, je peux sortir de mon véhicule et ouvrir mon parapluie en évitant d’être mouillé.

La RDT – Existe-t-il une émulation entre les territoires pour porter cette transition énergétique ? Ou les projets sont-ils menés de façon isolée et indépendante les uns des autres ?

A. L. – L’émulation existe au sein même de notre département. Nous profitons des plans climat-air-énergie territoriaux (PCAET) pour emmener nos communes vers cette transition. Pour participer à cette émulation, nous allons à la rencontre de chaque président de communauté de communes : nous leur proposons de co-investir en créant une société de projet avec Vendée Énergie. Voilà comment on amorce une émulation entre tous les acteurs d’un territoire, chacun étant libre de procéder comme il le souhaite. Nous avons la même démarche avec nos autres syndicats, Vendée Eau et Trivalis, ainsi qu’avec le département, pour installer par exemple des panneaux photovoltaïques dans les collèges ou sur les parkings des centres culturels. Co-investir avec un spécialiste de l’énergie, tel que Vendée Énergie, permet à chacun de se sentir co-responsable et acteur de la transition.

À l’extérieur du département, nous co-investissons avec les syndicats de Loire-Atlantique pour leur donner envie de s’engager et leur apporter un appui technique. Nous faisons la même chose dans le Maine-et-Loire : nous allons construire cette année deux importantes centrales photovoltaïques. Il s’agit, d’une part, de partager notre expérience et, d’autre part, de proposer une aide dans la réalisation de projets en dehors du département.

La RDT – Avez-vous le sentiment que la transition énergétique est devenue, aux yeux de vos administrés, un sujet d’intérêt fort ? Ou reste-t-elle en marge d’autres priorités ?

A. L. – Ce n’est plus un sujet à la marge, mais dire que l’adhésion est totale ne serait pas juste. Nous ressentons vraiment une sensibilité au sein de la population, qui remarque nos accomplissements et reconnaît que nous prenons, à l’échelle du département, soin de notre planète. Nous le sentons au travers des communications que nous faisons et des retours que nous recevons de la part des citoyens. Nous l’observons également dans nos échanges avec les élus. Ils sont plus attentifs et réceptifs à ce que nous leur proposons de développer, car eux-mêmes perçoivent qu’il s’agit d’une attente de la population.

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1 Commentaire

  1. Le lobby de l’hydrogène a bien fait son travail, apparemment.
    Mais ont-ils dit que l’Europe a validé l’objectif de faire rouler d’ici 2030 cent mille camions à l’hydrogène décarboné ?

    Et que, rien que pour alimenter ces camions, parcourant en moyenne 160.000 km/an, par de l’hydrogène produit par hydrolyse, il faudrait l’équivalent de 15 réacteurs nucléaires ou plus de 900 km² de panneaux solaires, c’est-à-dire huit fois la surface de Paris ?

    Sans parler des 70 millions de tonnes d’hydrogène déjà produit par an pour les besoins de l’industrie, par reformage du méthane avec émission de 830 millions de tonnes de CO2/an. Deux fois les émissions de la France.

    Alors comment vont-ils produire de l’hydrogène, en suffisamment grande quantité, pour faire rouler les millions de voitures de MonsieurToutLMonde ?

    Avec la même quantité d’électricité nécessaire pour faire rouler 100 km à une voiture à hydrogène, on peut faire rouler 300 à 400 km à une voiture à batterie.

    Mais ces faits sont souvent oubliés dans leur “marketing”.

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