Église
Crédit : Olive Titus
Urbanisme

Les territoires au chevet de leur patrimoine religieux

Alors que le patrimoine religieux souffre partout en France d’un déficit d’investissement, plusieurs collectivités territoriales s’engagent pour venir au secours de centaines d’édifices menacés.

La rénovation du patrimoine religieux est l’invitée surprise du débat des régionales en Île-de-France. À quelques jours du second tour, les critiques adressées par Clémentine Autain à l’égard de Valérie Pécresse, sur le soutien apporté par la région à la rénovation d’édifices catholiques, suscitent la polémique. Et remet au centre du débat la question du rôle que doivent jouer les collectivités locales en la matière.

Sauver les « petites Notre-Dame »

Deux années se sont écoulées depuis l’incendie de la cathédrale de Notre-Dame de Paris, dont le retentissement a été sans précédent en France comme à l’international. Si ce haut lieu du patrimoine religieux national est en voie d’être sauvé, grâce à l’afflux massif de dons (825 millions d’euros collectés au 31 décembre 2019), la situation reste par ailleurs préoccupante. « Notre-Dame est l’arbre qui cache la forêt », estime dans les colonnes du Point Guillaume Poitrinal, président de la Fondation du patrimoine.

Globalement, c’est tout un parc patrimonial qui est en proie à un défaut endémique d’investissement. Les incendies de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes (juillet 2020), de l’église Saint-Christophe de Voutezac en Corrèze (janvier 2021), de la collégiale Saint-Nicolas d’Avesnes-sur-Helpe dans le Nord (avril 2021) ou bien encore de l’église lilloise du quartier de Wazemmes (mai 2021) constituent autant de marqueurs d’alerte. En cause : un manque chronique d’entretien, de réparation et de sécurité, dans des édifices où des réseaux électriques obsolètes cohabitent parfois avec des infiltrations d’eau.

État et communes en première ligne

Qui blâmer ? L’État, les territoires ? Dans les faits, les églises appartiennent aux communes depuis le Concordat (1801), hormis certaines exceptions telles que les édifices construits après 1905 ou relevant de la propriété privée, et les cathédrales à l’État. Parmi l’ensemble des édifices religieux que compte la France, 15 000 sont classés ou inscrits et bénéficient ainsi d’une attention spécifique – dont 10 000 églises. Ces édifices représentent plus de 34 % du patrimoine protégé. En 2017, ceux-ci ont bénéficié d’une dotation globale de 116 millions d’euros de la part du ministère de la culture sur les 320 millions d’euros dédiés aux monuments historiques. C’est dire le poids qu’occupent les édifices religieux dans le panorama du patrimoine national d’exception.

Pour autant, les subventions versées par les directions régionales des affaires culturelles (Drac), le fonds incitatif et partenarial institué en 2018, les plans spécifiques (comme l’enveloppe de 160 millions d’euros fléchée dans le cadre du plan de relance) ou l’assistance apportée par les services de l’État demeurent inférieurs aux besoins. Dans un rapport parlementaire de juin 2019, le député Gilles Carrez juge que « le niveau d’entretien des monuments est insuffisant pour éviter leur dégradation ». En première ligne se trouvent les églises, pour lesquelles des liens de solidarité sont plus que jamais nécessaires afin de soutenir les communes dans leurs efforts. Ceux-ci seront indispensables pour permettre au village de Romilly-la-Puthenaye, 350 habitants dans l’Eure, de faire face aux trois millions d’euros qu’implique la reconstruction de l’église Saint-Pierre, partie en fumée en avril 2021.

L’exemple de l’Île-de-France

Face à ce constat, la région Île-de-France a décidé de faire du patrimoine, notamment religieux, une priorité essentielle. L’organisation des premières Assises du patrimoine, en septembre 2019, traduit cet engagement. La présidente de région Valérie Pécresse affirme en effet, lors de la Biennale d’architecture et de paysage de mai 2019, avoir « l’ambition de porter en Île-de-France un plan inédit pour le patrimoine qui, au-delà de son volet financier, développera la formation et la visibilité des métiers du patrimoine, ainsi que la valorisation touristique des lieux ».

À cette fin, pas moins de 200 millions d’euros ont été engagés par le conseil régional sur la durée de la mandature. Mesure emblématique, un soutien d’urgence de dix millions d’euros a été débloqué par la région en faveur du chantier de reconstruction de Notre-Dame. De même, la collectivité a participé à hauteur de deux millions d’euros à la rénovation de la flèche de la basilique de Saint-Denis, nécropole des rois de France et berceau du gothique. En outre, la région renouvelle en 2021, aux côtés de la start-up Dartagnans et du Parisien, l’opération « Sauvons nos monuments ». En 2019, lors de sa première édition, 93 000 euros avaient été collectés et 25 000 votants s’étaient mobilisés. Parmi les sites lauréats, l’on retrouve l’église Notre-Dame-de-Lorette, la collégiale Notre-Dame-et-Saint-Loup à Montereau-Fault-Yonne ainsi que le prieuré des Moulineaux à Poigny-la-Forêt.

Des sources de financement innovantes

Face à l’urgence de la situation, les crédits de l’État et des collectivités doivent être complétés par des financements privés. La création de la Fondation du patrimoine, en 1996, s’inscrit dans cette logique et vise à promouvoir tant les souscriptions publiques que le mécénat d’entreprise. La « Mission patrimoine », pilotée par Stéphane Bern à la demande d’Emmanuel Macron depuis septembre 2017, a pour ambition quant à elle d’identifier les édifices en danger et de contribuer à leur sauvetage via des mécanismes innovants. Le Loto du patrimoine en est un. Ce mercredi 23 juin, le ministre des comptes publics Olivier Dussopt a annoncé que plus de 70 millions d’euros avaient été alloués, en trois ans, à la restauration de plusieurs centaines de sites grâce à ces jeux consacrés au patrimoine.

De plus, les communes elles-mêmes s’organisent pour capter des financements citoyens. C’est le cas de la commune de Queige, en Savoie, qui a mené une campagne de financement participatif via la plateforme numérique Collecticity. Objectif de l’opération : restaurer l’église du village, placée sous le patronage de Sainte-Agathe, en levant des fonds auprès de la population. En un an, la campagne a permis la collecte de 45 000 € auprès de 153 donateurs. Sans compter l’engouement généré auprès des médias, puisque l’initiative du village a été relayée sur TF1 lors du journal télévisé de Jean-Pierre Pernault.

À cet égard, le journaliste Jean-Pierre Denis considère « curieux » l’angle d’attaque retenu par Clémentine Autain, consistant à opposer patrimoine religieux et spectacle vivant. D’autant plus que la préservation de tels édifices n’a pas de couleur politique : la socialiste Carole Delga, présidente de la région Occitanie, s’était félicitée en juillet 2020 du soutien apporté par la collectivité à la réhabilitation de la croix du Pic Saint-Loup.

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