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Économie et finances

Digitalisation des commerces de proximité : des solutions multiples face à la crise

Publié par La Revue des territoires dans l’édition n° 2213 du Journal des communes.

Les places de marché virtuelles, version locale, ont la cote. Elles seraient une cinquantaine à avoir vu le jour en 2020, à la faveur des confinements et des restrictions qui ont directement affecté la force de vente des petits commerces. Ces marketplaces témoignent d’une tendance de fond : de plus en plus de commerces de proximité souhaitent emprunter la voie de la digitalisation.

Le numérique s’invite dans nos centres-villes. La mise en place de marketplaces locales a permis aux commerçants de nombreuses villes, de toutes tailles, de se doter de points de vente dématérialisés dans des délais record. L’objectif ? Conserver un niveau minimal d’activité, tandis que la crise sanitaire et les contraintes associées bousculent les habitudes des consommateurs.

En réaction à ce contexte morose, la digitalisation des commerces constitue un facteur d’espoir. « En recréant le dynamisme d’une rue commerçante grâce au digital, ces plateformes permettent aux commerçants de rester proches de leur clientèle locale et de toucher de nouveaux clients », explique Alexandre Eruimy, administrateur de l’Association de l’économie numérique (Acsel) et co-président du Commerce Tech Club.

Un créneau porteur que La Poste n’a pas tardé à investir. Le groupe déploie, depuis 2018, la plateforme e-commerce « Ma Ville Mon Shopping » pour mettre les commerçants, artisans et restaurateurs en relation avec les habitants de leur commune. « Avec notre expérience, nous pouvons affirmer que cette activité à distance peut représenter le quart, voire le tiers, du chiffre d’affaires de certaines entreprises », assurait Mickaël Le Nezet, directeur du marché des professionnels à la Banque postale, dans un entretien pour Entreprendre.

Vers une hybridation des parcours de vente

Si un mot fait aujourd’hui florès chez les professionnels du secteur, c’est celui de l’omnicanalité. Selon Alexandre Eruimy, commerce physique et vente en ligne « doivent maintenant être envisagés comme deux canaux complémentaires indispensables à la croissance des ventes ». Pour preuve, le dernier baromètre « Croissance & Digital » de l’Acsel retient que 65 % des commerçants n’opposent pas digital et magasin traditionnel. Soit 12 points de plus que l’année précédente.

De là à faire de la digitalisation un passage obligé pour répondre à la concurrence ? « Cette transformation est effectivement une étape essentielle pour toutes les entreprises, y compris pour les commerces de proximité », estime Alexandre Eruimy. Un sentiment renforcé par la généralisation du e-commerce, tous secteurs et toutes générations confondus. Les achats effectués sur les sites de petits commerces ont ainsi bondi de 21 %. Aujourd’hui, près de neuf Français sur dix sont des acheteurs en ligne. « À l’Acsel, nous sommes convaincus que ces nouvelles façons de vendre, que ce soit à travers des sites e-commerce ou des marketplaces, sont amenées à perdurer au-delà de la crise », conclut l’expert.

Premiers retours d’expérience

La ville de Montmorency s’est inscrite dans cette logique en dévoilant, dès novembre dernier, une place de marché virtuelle baptisée « Montmorency Marketplace ». Accessible depuis le site et l’application de la commune, le dispositif a rencontré un vif succès tant auprès des commerçants que des habitants. En l’espace de deux mois, la marketplace a su rassembler plus d’une centaine d’enseignes. « Le projet a vu le jour rapidement grâce à une collaboration de confiance entre l’association des commerçants et artisans de Montmorency, représentée par Anaïs Marche, et l’équipe municipale, sous la bienveillance du maire Maxime Thory », raconte François Cusmano, conseiller municipal délégué aux commerces de proximité et au développement économique.

De même, les commerçants neversois disposent d’une vitrine numérique commune au travers de la plateforme « nevers-shopping.fr ». Porté par l’association des Vitrines de Nevers, le site a été mis en ligne en décembre et a été rejoint par une soixantaine de professionnels. Les deux confinements ont convaincu les commerçants de se mobiliser dans la recherche d’une solution collective, qui ne soit pas un substitut de la boutique physique mais un relais pour les points de vente. « Il faut un peu de temps pour que l’outil soit vraiment efficace », concède Andrea Paoletti, président de l’association, mais les 850 articles à ce jour référencés prouvent que la démarche suscite de l’adhésion.

Il y a en réalité trois types de réactions chez les commerçants. Ceux qui sont déjà équipés en outils digitaux deviennent facilement promoteurs des marketplaces. « Ensuite, vous avez les commerçants non équipés mais qui ont bien compris qu’il fallait une visibilité pour leur offre », ajoute Andrea Paoletti. Enfin, certains sont seuls dans leur commerce et n’ont pas les ressources pour effectuer ce virage. Gérer une page de vente en ligne peut sembler compliqué en termes de temps à y consacrer. Premier point d’étape pour la marketplace de Nevers à trois mois d’existence : si les ventes en direct générées par la plateforme demeurent marginales, « les clients viennent en boutique après avoir repéré un article en ligne ».

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