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Monachatfrançais.fr, un site e-commerce pour mettre en avant les savoir-faire locaux

Deux étudiants héraultais, Jonathan Bernard et Camille Hourdé, ont lancé le 16 janvier dernier la plateforme e-commerce « Monachatfrançais.fr ». Une initiative 100 % dédiée aux produits locaux et « made in France », afin de mettre en avant les savoir-faire issus de nos territoires. Jonathan Bernard nous raconte cette aventure.

La Revue des territoires – Comment cette idée vous est-elle venue ?

Jonathan Bernard – Camille et moi sommes issus du digital. Et nous sommes de fervents supporters du « made in France ». Je consomme et j’écume les salons « made in France ». Avec la crise sanitaire, je me suis demandé comment aider les artisans et les commerçants qui font l’effort de produire français. En réfléchissant aux solutions possibles, Camille et moi avons identifié une problématique : il est relativement difficile de trouver des produits « made in France » sur Internet. On retrouve bien sûr des marques connues en ligne, comme le Slip français ou Cabaïa. Mais elles ont des moyens, des équipes spécialisées, contrairement à d’autres « petits » qui produisent également français.

Nous avons décidé de créer notre plateforme pour répondre à cette problématique. Nous souhaitons recenser très clairement les produits « made in France » sur un seul et même site. D’une part, cela donne de la visibilité aux entrepreneurs. Les marketplaces représentent 30 % du marché du e-commerce. D’autre part, les particuliers bénéficient d’une meilleure lisibilité sur les marques de leur région, de leur ville. Au travers de cette plateforme, nous souhaitons renforcer l’accessibilité de tous ces produits sur Internet.

La RDT – Comment fonctionne votre site ? Comment se différencie-t-il des autres plateformes de ce type ?

J. B. – Nous faisons partie de ceux qui retiennent le moins de commission. Aujourd’hui, cette commission ne sert pas à nous rémunérer, mais permet d’investir sur la communication de la plateforme. Nous avons pris cette décision, car le « made in France » souffre d’un a priori sur son coût. S’il n’est pas toujours justifié, cet a priori existe et nous ne voulions pas trop impacter les marges dont bénéficient les commerçants. Nous souhaitons les aider à se développer et à communiquer autour de leurs marques.

Notre plateforme n’est pas qu’une simple marketplace. Nous proposons en réalité trois solutions. En premier lieu, nous avons un système de ventes privées. En s’abonnant, les particuliers réduisent le coût des produits qu’ils achètent. Ensuite, nous avons un système de box. Beaucoup d’entreprises proposent actuellement des box par abonnement. Nous, nous proposons aux particuliers d’obtenir des box sans abonnement – pour pouvoir tester ou les offrir de façon ponctuelle. Côté particuliers, cela permet d’acheter des box à l’unité. Côté partenaires, ils peuvent tester leurs produits et apprendre des retours qu’ils suscitent. Enfin, nous avons la marketplace à proprement parler.

Nous ne sommes pas sur du 100 % « made in France », dans le sens où nous nous fions au label Origine France. Ce label considère qu’un produit est conçu en France s’il l’est à hauteur de 50 %. Par exemple, il est difficile de trouver du coton en France ou certains composants tels que les épices. Le label Origine France correspond plutôt bien à ce que nous recherchions.

En coulisses, nous nous répartissons les tâches Camille et moi. Co-fondateurs à parts égales, nous avons pu monter ce projet de A à Z grâce à nos compétences complémentaires. Nous espérons que cela puisse donner envie à de jeunes entrepreneurs de se lancer. L’un sans l’autre, le projet n’aurait pas été aussi facile à vivre et à gérer.

La RDT – Ciblez-vous des produits précis ou avez-vous une vocation générale ?

J. B. – Notre gamme de produits est extrêmement large. Cela va de l’alimentaire aux objets pour bébé, en passant par des produits ménagers. Sur l’entretien de la maison, nous sommes par exemple en discussion avec Éléphant. Dans l’alimentaire, nous sommes notamment en relation avec la start-up montpelliéraine Pig’s Daddy qui propose, aux professionnels, des produits du terroir du sud de la France. Leurs produits seront vendus aux particuliers en exclusivité sur notre site. Nous sommes vraiment sur une gamme très large, tant en termes de nature de produits que de prix. Nous souhaitons que le site soit accessible à tout le monde.

La RDT – Quelle est, selon vous, l’intérêt du consommer local et « made in France » ? Que cela apporte-t-il de plus à la société et à nos territoires ?

J. B. – Je suis l’actualité du « made in France » depuis un moment. Le concept s’est relevé il y a six ans, après avoir connu un long creux et après avoir constaté que le marché asiatique avait pris le dessus. L’un des enjeux, au travers du site, est de pouvoir indirectement créer de l’emploi. Notre réflexion porte également sur le mieux consommer, dans le sens où les produits locaux, issus de nos artisans, ont tendance à privilégier la qualité aux volumes. Encourager l’emploi local, permettre de mieux consommer et accéder à des produits de meilleure qualité : ce sont nos objectifs fondamentaux.

La RDT – Vous avez un mois d’existence : sentez-vous déjà que le « made in France » bénéficie d’un réel pouvoir d’attraction auprès des Français ?

J. B. – Totalement. L’inquiétude que nous avions, avant de nous lancer, était justement de savoir si les Français avaient un réel intérêt à consommer du « made in France ». Beaucoup de professionnels et d’enseignes s’engagent sur ce créneau, mais il est difficile d’avoir les retours des consommateurs. Depuis notre lancement le 16 janvier, nous bénéficions d’une importante croissance et cela de façon organique et naturelle. Nous sommes surpris et contents de voir l’intérêt qu’une telle initiative suscite.

La RDT – Vous êtes en relation directe avec un certain nombre de producteurs et d’artisans locaux, qui n’ont pas forcément accès d’habitude à des plateformes e-commerce. Quand vous allez à leur rencontre, quels sont leurs retours ? Vous disent-ils merci ou font-ils preuve au contraire de scepticisme ?

J. B. – Il y a de tout. Nous avons remarqué que le « made in France » est une grande famille. Tout le monde est bienveillant. On ressent beaucoup d’entraide et c’est extrêmement positif. Certains nous disent d’emblée que l’initiative de la plateforme est géniale et qu’ils veulent nous suivre. Ceux-là considèrent que c’est dans l’ère du temps et qu’il est important de faire changer les mentalités. D’autres sont plus sceptiques, préférant rester en retrait et attendre d’avoir plus de visibilité. Il faut dire que ce type de plateformes n’existait pas il y a encore un an. Du côté des médias, il y a beaucoup d’engouement autour du phénomène. Nous restons d’ailleurs à la disposition des élus et des administrations territoriales, afin de construire des synergies au service des circuits courts et de la vitalité des écosystèmes locaux. Ce qui compte, c’est que tous les commerçants et entrepreneurs continuent de faire connaître le « made in France » auprès du plus grand nombre.

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