Carole Delga
Crédit : Mathieu Delmestre
Vie publique

Mais où s’arrêtera l’ascension de Carole Delga ?

57,8 % des suffrages exprimés. Avec un tel score au second tour des élections régionales du 27 juin dernier, la socialiste Carole Delga est la présidente de région la mieux élue de France métropolitaine. Une véritable reconnaissance pour celle qui entend incarner une « gauche du réel » et dont la maîtrise des dossiers est unanimement louée, y compris dans le camp de ses adversaires. De quoi nourrir des ambitions nationales ?

Son ascension pourrait être digne d’un roman de Balzac. Fonctionnaire territoriale avant de s’engager en politique et de devenir maire de Martres-Tolosane (2 300 habitants en Haute-Garonne), Carole Delga gravit les échelons du pouvoir un à un : vice-présidente de la région Midi-Pyrénées en 2010, députée de la Haute-Garonne en 2012, secrétaire d’État au commerce et à l’artisanat en 2014 puis présidente de la région Occitanie à compter de 2016. Le parcours, sans faute, se double d’une reconduction triomphale en 2021 et d’une élection à la tête de Régions de France le 9 juillet dernier. À tel point que le hashtag #Delga2022 commence à fleurir sur la toile.

Il faut dire que Carole Delga est parvenue à mener le Parti socialiste sur le chemin du succès, sans accord politique avec La France Insoumise (LFI) ni Europe Écologie – Les Verts (EELV). Pour les insoumis, elle dénonce « une dérive très dangereuse » et estime ne pas pouvoir cautionner « les propos sur le complotisme ou le communautarisme ». Au contraire, elle défend une « République une et indivisible, qui intègre tout le monde et où la loi est au-dessus de la foi ». Pour les écologistes, elle regrette des divergences sur la façon de gouverner.

Autant dire qu’un tel positionnement ravit les militants et cadres du Parti socialiste, désireux de renouer avec leur ancienne prééminence sur la gauche politique française. Mais l’intéressée nie d’éventuelles aspirations nationales. « Je n’ai pas d’ambition personnelle », affirme-t-elle au micro d’Europe 1. Avant de préciser qu’elle entend contribuer à la construction d’une « gauche réformiste, écologiste et citoyenne ». Carole Delga a d’ailleurs rejoint le groupe de travail autour d’une probable candidature d’Anne Hidalgo à la future élection présidentielle. La maire de Paris lui a ainsi confié la direction de son mouvement « Idées en commun », une plateforme de débats et d’échanges composée d’élus et de citoyens.

Réconcilier économie et écologie

De quel bilan, sur le terrain, Carole Delga peut-elle se prévaloir ? Dès 2015, alors candidate à un premier mandat de présidente de région, elle annonce ses intentions : « ma priorité absolue, c’est l’emploi ». En six ans, son action régionale a donc contribué à une croissance annuelle de 18 000 à 34 000 emplois salariés par an. Mais en parallèle, d’importants afflux de nouveaux habitants (51 200 par an) n’ont pas permis à l’Occitanie de diminuer structurellement son taux de chômage, le deuxième plus important de France. 25 % des jeunes de moins de 25 ans sont notamment concernés. Dans ce contexte, l’objectif prioritaire a été d’aider les PME en période de crise sanitaire, elles qui représentent 97 % des acteurs économiques de la région. Aussi 350 millions d’euros ont-ils été consacrés depuis le début de la pandémie au soutien de 60 000 entreprises, dans le but de concourir au maintien de 250 000 emplois.

Assurément, Carole Delga détonne dans le paysage du socialisme français. Si elle a été accompagnée par deux vice-présidents communistes lors de son premier mandat à la présidence de l’Occitanie, elle n’a pas hésité à afficher le soutien de 400 dirigeants d’entreprises (dont Jean-Marc Bouchet, Olivier Sadran et Olivier Nicollin, trois des 500 plus grandes fortunes de France) quelques jours avant sa réélection en juin. Le recours à la dette pour investir a toujours été assumé. De sorte que celle-ci a augmenté de 60 % en cinq ans, sans que cela ne mette en péril les finances de la région occitane. La Chambre régionale des comptes a en effet conclu, fin 2019, que « la situation financière de la collectivité est bonne ».

Favoriser le développement économique et garantir des finances saines oui, mais pas sans œuvrer activement à la transition écologique. Tel est le « en même temps » de Carole Delga, fièrement affiché dans son programme de 2021 au travers de la formule « économie et écologie, c’est possible ! ». Le bilan est flatteur, Alternatives économiques ayant classé l’indice écologique de la région au premier rang français. Les objectifs de « zéro artificialisation nette » et de neutralité carbone, d’ici respectivement 2040 et 2050, donnent le ton.

Un Green New Deal régional a ainsi été présenté en novembre 2020 après qu’une feuille de route « Occitanie 2040 » a été adoptée en décembre 2019. En outre, une Agence régionale de la biodiversité a été créée et constitue le premier établissement public de coopération écologique en France. Symbole supplémentaire de cette orientation résolument pro-environnementale : 54 000 foyers d’Occitanie ont bénéficié de l’éco-chèque logement depuis 2016, soit un montant global de 80 millions d’euros.

Transports, lycées, démocratie participative : une présidente sur tous les fronts

Pour autant, la promesse d’allier économie et écologie peine à convaincre les inconditionnels d’EELV. Le domaine des transports cristallise les limites de cet exercice d’équilibriste. La région Occitanie revendique la mise en circulation de 72 trains quotidiens additionnels depuis 2019, le TER captant une part significative du budget de la collectivité. De même, deux gares LGV ont ouvert à Montpellier et à Nîmes avec l’appui de cofinancements régionaux. Mais l’opposition écologiste fustige le retard concédé sur la question du vélo. « L’Occitanie est avec Provence-Alpes-Côte d’Azur la région la plus en retard sur le schéma régional des véloroutes », explique Antoine Maurice, élu EELV à Toulouse, dans les colonnes de La Gazette de Montpellier.

Deux autres champs d’actions, enfin, sont également révélateurs de la pensée politique de Carole Delga. S’agissant des lycéens, la présidente de région mise sur le pouvoir d’achat et tient à offrir la rentrée scolaire la moins chère de France. Pour ce faire, ont été instituées une Carte jeune proposant de nombreux avantages, la gratuité des manuels scolaires et la distribution d’ordinateurs « loRdi » (213 000 depuis 2016). Concernant la participation citoyenne, la région fait plutôt office de pionnière. Dès le début de mandat, les habitants ont été consultés sur le choix du nom de la nouvelle collectivité, issue de la fusion des anciennes régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées. Une Convention citoyenne pour l’Occitanie a même été organisée, ainsi que des budgets participatifs régionaux. « Aujourd’hui, en France, le pouvoir est trop vertical », déplore Carole Delga.

L’ensemble de ces mesures pourrait constituer à terme le creuset d’un logiciel programmatique plus vaste, à destination de la France, et marqué de l’empreinte du socialisme réformateur. Pour l’heure, Carole Delga assure ne pas viser l’Élysée en 2022, elle qui affirme ne pas être favorable à une primaire à gauche et préférer une candidature naturelle, incarnée par Anne Hidalgo. Toujours est-il qu’un compte Delga 2022 professe déjà la bonne parole sur Twitter. Au cas où.

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