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Vie publique

Jean-Guy Talamoni : “Le problème corse n’est pas technique, il est avant tout politique”

Dans une interview accordée à La Revue des territoires, Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse de 2015 à 2021, revient sur la manière dont le “dossier corse” a été traité par les gouvernements successifs depuis l’arrivée au pouvoir de la majorité nationaliste, en décembre 2015. Entre désintérêt et mépris de Paris, le leader du parti indépendantiste Corsica Libera fait le constat que désormais, et faute de l’existence d’un rapport de forces avec l’Etat central, le projet politique “d’écrire l’histoire”, tel que les Corses l’ont affirmé à trois reprises depuis 2015, se heurte à une impasse patente. Face à ce blocage politique et institutionnel, l’ancien partenaire de l’actuelle majorité territoriale considère que l’option gestionnaire et technico-technique actée par Gilles Simeoni, le président de l’exécutif, n’est pas de nature à répondre aux aspirations des Corses.

 

La Revue des territoires – Pensez-vous que le “dossier corse”, comme il a été longtemps convenu de le qualifier, puisse encore revêtir un quelconque intérêt pour Paris ou bien est-il, en un certain sens, condamné à être traité de la même manière que les autres territoires français ? Est-ce que ces dernières années, les différentes évolutions qui ont eu lieu en Corse, avec notamment la démilitarisation du FLNC, n’ont pas contribué à faire que ce dossier n’intéresse plus grand monde au sommet de l’Etat ?

Il y a d’abord, bien entendu, une question de génération pour expliquer cette évolution. Mais, je crois surtout que si Paris ne s’intéresse plus à la question Corse c’est parce que le “problème corse”, qui était bel et bien un problème pour la Corse et pour Paris, depuis 2014 [ndlr : année de la démilitarisation du FLNC] est devenu un problème ne concernant plus que les Corses eux-mêmes. Le “problème corse” aujourd’hui n’est qu’un problème que pour les Corses, et plus pour Paris.

La décision du FLNC a permis un rapprochement entre les deux courants du nationalisme, d’une part celui dit modéré et autonomiste, et, de l’autre, le courant indépendantiste qui soutient encore le FLNC. Ce rapprochement a permis la victoire de décembre 2015 avec l’union réalisée entre les deux tours. Sans lui,  l’accession des nationalistes aux responsabilités aurait été impossible.

Ce rapprochement a fonctionné, il a permis aux nationalistes unis d’arriver aux responsabilités à la Collectivité de Corse (1). Un espoir très important est né avec cette accession aux responsabilités. Cependant, à l’intérieur de cette majorité, il y a toujours eu des points de vue différents. Du côté de Corsica Libera, nous pensions qu’il fallait utiliser tous les moyens à notre disposition pour établir un rapport de forces avec Paris. Pour nous, ce rapport de forces n’était aucunement une forme de déclaration de guerre, mais plutôt la résultante des victoires et avancées successives du mouvement nationaliste au cours des dernières années. Pour rappel, nous sommes arrivés en 2015 aux responsabilités de la Collectivité et, deux ans plus tard, aux élections territoriales de décembre 2017, une liste d’union a obtenu la majorité absolue. Nous dirigions également des municipalités (2). Nous disposions d’élus consulaires et de responsabilités dans ces institutions, comme par exemple au niveau de la Chambre d’Agriculture de Haute-Corse, dirigée, encore aujourd’hui, par un militant de Corsica Libera. Les nationalistes étaient également très présents dans les Chambres de Commerce, ainsi que dans les Chambres de Métiers. Le premier syndicat de Corse, le STC, est également un syndicat nationaliste. Même constat pour les organisations de parents d’élèves. En somme, nous avons remporté toutes les élections. La bataille culturelle gagnée par les nationalistes s’était ainsi traduite par des victoires électorales, professionnelles, associatives et, évidemment, politiques en 2015 et 2017.

Or, malgré cette situation, rien ne s’est passé. Pour Paris, le “problème corse” n’existe plus, et le désintérêt prédomine. Alors certes, je nuancerai en rappelant que nous avons rencontré des ministres, ainsi que François Hollande et Emmanuel Macron. J’ai moi-même reçu François Hollande à l’Assemblée de Corse à l’occasion de son déplacement de mars 2017, et nous avons passé deux jours à discuter avec lui. Mais cette visite intervenait à la toute fin de son mandat, et, au demeurant, il nous avait expliqué ne pas avoir les moyens de faire avancer le dossier dans le sens que nous voulions, notamment faute d’avoir la majorité des trois cinquièmes du Congrès, permettant de réviser la Constitution, afin d’autoriser la Corse à accéder à de nouvelles responsabilités.

La RDT – Justement, quel est le bilan, selon vous, de François Hollande et des gouvernements successifs sous son autorité, concernant leur gestion des problématiques corses ?

Dans son gouvernement, dans lequel nous n’avions certes pas forcément que des amis, des personnalités comme Jean-Michel Baylet ont néanmoins fait preuve d’un intérêt loyal pour nos problématiques. Jean-Michel Baylet a été sur tous les fronts, sur tous les dossiers. Il a fait vraiment ce qu’il a pu au sein du gouvernement pour faire avancer le dossier corse. C’est notamment grâce à son action que nous avons obtenu la quatrième réforme institutionnelle pour l’île en trente ans, qui a permis la fusion des trois collectivités existantes afin de donner naissance à l’actuelle Collectivité de Corse.

Mais, en même temps, la difficulté constituée par l’impasse en matière de révision constitutionnelle a perduré, alors même que cette dernière est nécessaire pour donner à la Corse d’autres responsabilités, notamment concernant le pouvoir législatif que nous demandions.

La RDT – Et depuis 2017, et l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, avez-vous l’impression que l’approche de Paris cherche à s’inscrire dans la lignée de ces avancées ?

En 2017, nous avons écouté avec attention ce qu’Emmanuel Macron avait à dire, et tout particulièrement au sujet de la Corse. Or, il a dit très peu de choses pendant sa campagne, et surtout nous concernant. Il est resté dans l’ambiguïté sur la plupart des dossiers, mais a quand même avancé deux axes. D’une part, il a rappelé son engagement européen, et sur ce point, je pense qu’il a essayé, dans le cadre de son exercice du pouvoir, de rester fidèle à cet engagement. Et puis, il y avait un deuxième élément pendant sa campagne, que tout le monde a oublié aujourd’hui et notamment parce qu’il a fait exactement le contraire une fois arrivé à l’Élysée ; je veux bien entendu parler du fameux “pacte girondin”. Et, sur ce point, je ne parle pas seulement de la Corse, mais, bel et bien, de l’ensemble des territoires. Emmanuel Macron et ses équipes, sur ce dernier point, ont quand même réussi à se mettre à dos tous les représentants des territoires.

Nous étions en contact régulièrement avec l’Association des Régions de France, et nous avons beaucoup travaillé avec Hervé Morin, le président de cette institution (3), ainsi qu’avec Renaud Muselier, son successeur. Hervé Morin qui est d’ailleurs venu en Corse en mai 2018, et qui a soutenu de manière tout à fait explicite, enthousiaste et sans réserve nos revendications, notamment concernant l’autonomie. Cependant, il faut bien constater que tout cela n’a eu strictement aucun effet sur le gouvernement.

Dès lors, et pour en revenir à l’attitude d’Emmanuel Macron et de son entourage sur les enjeux liés aux territoires, et pas uniquement à la Corse, je dirai qu’ils ont méprisé souverainement les représentants des territoires. Après tout, dans leur logique, ce sont eux qui sont pleinement dépositaires de la souveraineté. Quant aux gens qui s’agitent dans les territoires, pour eux, cela équivaut simplement à une quantité négligeable. Dans leur esprit, ces territoires sont assimilés à des formes de baronnies, ce qui explique, en partie, leur mépris à l’égard des élus locaux.

La RDT – De là à dire que le mépris que vous décrivez à l’égard des différents territoires, serait encore plus marqué pour la situation en Corse, avec toutes les spécificités que l’on sait ?

Bien que nous participions aux discussions avec nos homologues, via Régions de France, tout le monde avait compris que nous n’étions pas sur la même position et que la nature de nos revendications était autre.

Après tout, en 2015 et en 2017, nous étions à la tête d’une majorité nationaliste, au sein de laquelle étaient représentées les deux familles que sont les autonomistes et les indépendantistes, dont je suis. Nationaliste c’est un mot fort. Les Corses qui ont voté, et notamment en 2017 en nous donnant la majorité absolue, ont exprimé leur adhésion à la nation Corse, de manière claire et transparente. Ils ont voté en faveur d’une redéfinition des relations entre la Corse et Paris, et ce vote en faveur de la nation Corse aurait quand même dû interpeller Paris. Or, cela n’a pas été du tout le cas.

La RDT – Comment expliquer cette réaction de Paris face à l’adhésion, pourtant réitérée à trois reprises ces dernières années dans l’île (2015, 2017 et 2021), à l’égard du projet nationaliste que vous avec notamment porté ?

Quand nous avions rencontré Manuel Valls à Matignon, je me rappelle notamment qu’il nous avait tout bonnement expliqué qu’il ne savait pas ce que voulait dire la nation corse.

Pourtant, et que l’on se réfère soit à la tradition française, soit à la tradition allemande, qui certes sont très différentes, force est de reconnaître qu’il est indéniable que la Corse est une nation. Tant en termes de culture, de langue ou de généalogie, la Corse est une nation à l’aune de la théorie allemande. De même que, s’agissant de la tradition française, avec Ernest Renan en référence centrale, rappelons que la nation est notamment définie comme un plébiscite de tous les jours. Or ce plébiscite de tous les jours, en Corse il a été affirmé à plusieurs reprises, et pas uniquement par les Corses qui nous soutiennent depuis toujours. Nous avons reçu ce soutien d’une base beaucoup plus large au cours des derniers scrutins. Ne pas vouloir entendre ou voir ce message exprimé par les Corses, c’est un véritable déni de démocratie.

Emmanuel Macron a donc fait comme s’il ne s’était rien passé. Pour moi il s’agit, non seulement d’une erreur, mais d’une faute politique de la part du Président de la République. À l’occasion de sa venue en Corse, en janvier 2018, pour commémorer les vingt ans de la mort du préfet Claude Érignac, Emmanuel Macron a d’ailleurs tenu un discours extrêmement fermé et agressif à l’égard de nos revendications, très éloigné de son discours de Furiani, au moment de la campagne présidentielle, et qui s’articulait, alors, autour du projet, bien vite éclipsé, de “pacte girondin” et d’une vraie ouverture à l’égard de la Corse. Au demeurant, la visite présidentielle de janvier 2018, du fait du contexte et de la symbolique associée, ne se prêtait guère au dialogue et à l’ouverture à notre égard.

La RDT – Face à l’impasse qui devenait de plus en plus patente, quelle a été votre réaction ?

Nous avons tiré les enseignements qui s’imposaient, et nous avons donc acté, notamment au sein des élus et des militants de Corsica Libera, que nos revendications ne seraient pas prises en compte. Pour nous, il devenait manifeste que nous ne pouvions pas nous cantonner à la seule gestion des affaires courantes, au risque de ne pas être à la hauteur de la mission que les Corses nous avaient confiée.

Dans la mesure où le dialogue n’était pas possible, et ce alors même que nous avions reçu en Corse une quantité industrielle de ministres, nous avons vite compris que cela ne mènerait à rien. Après tout, à l’occasion de ces échanges officiels, il s’agissait davantage de “com’” et de théâtre que de débats de fond, un peu à la manière dont Emmanuel Macron traite d’ailleurs un certain nombre de dossiers sensibles.

À la fin, j’ai notamment refusé de me rendre à certaines de ces invitations officielles, car cela n’était pas sérieux, et se cantonnait à des photographies et des poignées de main, sans discussion de fond, ni lendemain.

La RDT – Est-ce que vos partenaires de la majorité territoriale en sont, eux aussi, arrivés aux mêmes conclusions ?

À l’intérieur de notre majorité, il y a eu une forme de désaccord, entre deux manières de voir la situation. La nôtre consistait à acter la situation de blocage, et à œuvrer pour établir un rapport de forces. Un rapport de forces qui n’est évidemment pas synonyme de guerre, mais qui vise notamment à empêcher la préfecture de dérouler, sans notre accord, sa politique pour l’île.

Pour nous, une chose est certaine, la Corse, ne doit pas être gouvernée par le Palais Lantivy et par le préfet de région, et ce quel que soit le préfet. Et cette approche excède de loin la personnalité des préfets qui se sont succédés dans l’île ces dernières années, avec une alternance entre des préfets “ouverts” et d’autres plus “fermés”, animés pour certains par une volonté de faire régresser institutionnellement la Collectivité de Corse, comme cela est d’ailleurs le cas aujourd’hui.

Aujourd’hui, on voit bien que la Collectivité de Corse n’a même plus son mot à dire et que l’État traite directement avec les municipalités. Cela témoigne d’une véritable régression institutionnelle, à rebours de la volonté démocratique des Corses. Ce n’est pas avec une telle configuration que nous serons en mesure de répondre aux attentes des Corses sur le foncier et le statut de résident, sur la langue corse ou encore sur le devenir des prisonniers politiques.

Face à cette situation, le courant autonomiste, représenté par Gilles Simeoni, a privilégié une logique de gestion, consistant à faire avec les moyens, institutionnels, juridiques et financiers à disposition de la Collectivité de Corse. Ce n’était pas notre approche, car cette démarche est, pour nous, vouée à l’échec. En effet, elle ne prend pas en compte le fait que le problème corse n’est, aujourd’hui, plus un problème que pour les Corses, et non plus pour Paris. Il n’est qu’à voir la dernière délibération prise par l’Assemblée de Corse en faveur des prisonniers politiques. Une délibération que, bien entendu, je soutiens avec force, dans la mesure où la grande majorité des prisonniers politiques appartiennent à notre famille politique, mais qui ne fera pas à elle seule bouger Paris d’un millimètre. Rappelons qu’en mai 2015 déjà, l’Assemblée de Corse, par la voix de ses présidents d’alors, Paul Giacobbi (PRG) et Dominique Bucchini (PCF), qui pourtant n’étaient pas de notre famille politique, avait, et il faut le saluer, demandé à Paris l’amnistie des prisonniers politiques. Une délibération avait été votée à une très large majorité en ce sens. Une demande forte et symbolique, mais qui n’a eu aucun effet malheureusement. Si on se contente d’aller de délibérations en délibérations, cela ne nous mènera nulle part. Continuer ainsi, c’est accepter une situation humiliante pour la Corse et ses institutions, et même y participer !

La RDT – Mais justement, comme en témoigne la liste constituée par Gilles Simeoni à l’occasion des dernières territoriales, avec une ouverture marquée à l’égard de la société civile, ne peut-on pas considérer que l’actuel président de l’exécutif entend se cantonner à une politique gestionnaire ? Comment peut-il établir un quelconque rapport de forces en choisissant délibérément de se couper des courants historiques du nationalisme ?

Le choix, unilatéral, effectué par Gilles Simeoni en juin dernier est très clair. En choisissant de ne pas reconduire l’Union des nationalistes nouée en 2015, il a donc choisi de rompre l’accord qui nous liait, et qui était prévu pour une durée de dix ans. Maintenant, autour de Gilles Simeoni, je vois beaucoup de personnalités, au demeurant fort respectables, mais qui n’ont rien à voir avec le nationalisme. Il n’y a presque plus, aujourd’hui, autour du Président de l’exécutif, de piliers du nationalisme, comme cela était encore le cas dans les deux précédentes mandatures. Nous avons un exécutif, plutôt technique, destiné à gérer mais pas à gouverner. Or, le problème corse n’est pas technique, il est avant tout politique. Pour moi, ce choix fragilise la Corse et, en un sens, cette démarche participe de l’humiliation des institutions corses.

Si nous étions demeurés unis, bien sûr que nous aurions pu continuer à peser dans le rapport de forces avec Paris, mais cela appartient maintenant au passé, et nous n’allons pas nous lamenter sur ce qui aurait pu se passer. Il s’agit, au contraire, de continuer à avancer.

La RDT – Cette option stratégique et politique de l’actuelle majorité territoriale, dans la mesure où elle risque de ne pas obtenir davantage de résultats, ne risque-t-elle pas d’engendrer de nouveaux périls, et avec eux une résurgence d’une certaine forme de conflictualité ?

Pour moi, il n’y a aucun bilan politique. Aujourd’hui, personne ne peut prétendre qu’il y a le moindre élément de bilan politique. Parce que, après tout, et il ne s’agirait pas de l’oublier, le bilan politique de la mandature Paul Giacobbi – Dominique Bucchini (2010-2015), est, du point de vue nationaliste, beaucoup plus important que celui de l’actuelle majorité. Il faut également souligner, et ce n’est pas un secret, qu’à cette époque j’avais, en qualité de chef de file de Corsica Libera, des échanges constants avec Paul Giacobbi. Nous avions obtenu, grâce à ce travail, des avancées importantes pour l’époque : les votes sur la coofficialité de la langue corse, l’élaboration d’un Plan d’aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC) protecteur et fortement inspiré par les idées du mouvement nationaliste, le statut de résident ou encore les délibérations sur l’amnistie des prisonniers politiques et des recherchés.

Et même si ces différents votes de l’Assemblée n’ont pas été suivis des faits, à cause du blocage de Paris, ils ont été acquis lors d’une mandature qui n’était pas nationaliste. Depuis 2015, et en dépit de l’arrivée au pouvoir des nationalistes, aucune avancée significative n’a été obtenue. Nous avons mis en place et créé de nouveaux outils démocratiques, je pense notamment à l’Assemblée des jeunes, au comité d’évaluation des politiques publiques, une commission de déontologie, une questure ou encore un conseil permanent corso-sarde. Mais ces différents projets ne sont pas au niveau de ce que les Corses attendaient de nous et de ce que nous devions effectivement faire, à savoir écrire l’histoire.

La RDT – Malgré ces différents écueils, pensez-vous, qu’à moyen terme, la situation, et les différents blocages que vous avez décrits, puissent être levés, ou a minima contournés, pour renouer avec le projet de 2015 ?

Comme disait Churchill, “la prophétie est un art difficile, surtout s’agissant de l’avenir”. Je pense que, immédiatement, il n’y a aucune chance de faire bouger Paris avec la stratégie qui a été adoptée par le président de l’exécutif et avec son équipe de techniciens, qui n’est clairement pas constituée pour opérer des avancées historiques, comme les Corses nous l’ont pourtant demandé. Je pense qu’on peut, certes, gérer les affaires courantes, faire des tas de choses, mais cela ne changera pas la donne sur le plan politique en continuant sur cette voie-là.

Si je ne suis pas optimiste à court terme, je reste, malgré tout, un incorrigible optimiste et je pense qu’à moyen, ou long terme, la situation peut évoluer. Il suffit de regarder dans le passé pour s’en convaincre. J’ai connu une Corse dans laquelle les Corses eux-mêmes ne savaient même pas qu’ils étaient une nation. La plupart des Corses ne voulaient même pas en entendre parler. Pendant les années 60-70, au moment où le régionalisme prenait son essor, grâce à Edmond et Max Simeoni, du temps de l’Action régionaliste corse (ARC), beaucoup de Corses nous regardaient encore comme si nous étions des fous ! Je me souviens que, un peu plus tard, mais toujours dans les années 70, lorsque nous distribuions des tracts, pour 10 tracts distribués 9 étaient jetés devant nos yeux.

Aujourd’hui, tout le monde est nationaliste, d’une manière ou d’une autre, mais à l’époque nous étions une infime minorité. Cette légitimité, qui est la nôtre aujourd’hui, nous l’avons obtenue par la lutte politique et militaire, avec notamment la bascule dans l’opinion publique constituée par les événements d’Aléria et, quelques mois plus tard, par la création du FLNC en 1976. C’est à partir de cela que la situation électorale a d’ailleurs quelques années après évolué en notre faveur. Sans ces 40 ans de lutte et de sacrifices il n’y aurait pas eu de statut particulier, l’Assemblée de Corse n’aurait pas été créée et nous serions encore rattachés politiquement et administrativement à la région PACA, aujourd’hui autrement dénommée, et l’Université de Corse n’aurait pas rouvert ses portes. D’où le fait que cette légitimité du FLNC fait partie du paysage politique insulaire, ce qui explique d’ailleurs que la prise de parole récente des clandestins est considérée comme intéressante à connaître, et pas uniquement pour les militants indépendantistes, mais pour beaucoup de Corses.


(1) Le 1er janvier 2018, la Collectivité Territoriale de Corse, le Conseil Départemental de Corse-du-Sud et le Conseil Départemental de Haute-Corse ont laissé leur place à la Cullettività di Corsica.

(2) En 2014, les nationalistes sont notamment arrivés aux responsabilités à Bastia. 

(3) De 2017 à 2019, Hervé Morin a été le Président de Régions de France. Il a été remplacé en 2019 par Renaud Muselier. L’institution est aujourd’hui présidée par Carole Delga, Présidente de la région Occitanie.

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