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Santé et sciences

Ségur de la santé : réformer l’hôpital après la crise de la Covid-19

Emmanuel Macron promettait, fin mars, en plein pic de l’épidémie, qu’un « plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières sera, à l’issue de cette crise, construit pour l’hôpital ». Une promesse transformée en actes, comme le montre le coup d’envoi, ce lundi 25 mai, du Ségur de la santé. Sept à huit semaines pour tirer les leçons de la crise sanitaire, revaloriser les salaires, investir davantage dans l’hôpital public et aboutir à des « accords de santé ».

Une revalorisation du salaire des soignants après deux mois de mobilisation contre la Covid-19

En première ligne dans la gestion de l’épidémie de la Covid-19, les personnels hospitaliers ont été pleinement mobilisés afin de faire face à une crise sanitaire d’ampleur. Une mobilisation saluée par les Français, qui les ont applaudis chaque jour à 20h, pendant la période de confinement. Dans cette séquence, d’aucuns ont pu s’apercevoir de l’importance capitale du système de santé dans la gestion de la crise sanitaire. Un regain d’intérêt pour l’hôpital public qui a incité les organisations syndicales à réitérer une demande de revalorisation des salaires, compte tenu des disparités entre le système de rémunération français et celui de ses voisins européens.

Le constat est sans appel, en termes de rémunération des infirmiers : la France est à la traîne en Europe. Au sein des pays de l’OCDE, la France se classe 22ème sur 33. Ce qui représente 39 000 euros annuels pour les infirmiers d’échelon supérieur français, contre 45 000 euros en moyenne pour les infirmiers des pays de l’OCDE. Plus encore, le salaire d’un infirmier est 5 % inférieur au salaire moyen français selon une étude de l’OCDE de 2017. Des écarts de rémunération qui alimentent depuis longtemps les revendications du monde hospitalier, et qui sont aujourd’hui mis en lumière à la faveur de la crise sanitaire.

C’est une question que compte prendre à bras le corps le gouvernement, comme en témoignent les propos d’Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé. Il s’est, en effet, engagé à ce que les salaires des infirmiers rejoignent « au moins la moyenne européenne ». De son côté, le Syndicat national des professions infirmières (SNPI) réclame 300 euros mensuels pour l’ensemble des 200 000 infirmiers hospitaliers. Outre les infirmiers, la question de la rémunération des médecins se pose également. Sur ce sujet, Norbert Skurnik, président de la Coordination médicale hospitalière (CMH), juge « normal d’augmenter de 20 à 30 % les salaires des médecins à l’hôpital ». Cette augmentation de salaires permettrait notamment de contenir les départs de médecins de l’hôpital public vers le privé. L’enjeu est aussi celui de l’attractivité, alors que 30 % des postes de médecins à l’hôpital ne sont pas pourvus selon la Fédération hospitalière de France.

Ségur de la santé : aborder la question des 35 heures et réfléchir à une nouvelle organisation du temps de travail

Parmi les concertations à l’agenda du Ségur de la santé, figure celle relative à la question des 35 heures à l’hôpital. Ce sujet cristallise les prises de position bien au-delà du secteur hospitalier, comme le démontrent les récents propos de Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat, pour qui les 35 heures « ont mis en danger l’hôpital ».

Dans un entretien accordé au JDD, Olivier Véran s’est prononcé en faveur d’un cadre plus souple pour permettre à ceux qui le souhaitent de faire plus d’heures supplémentaires, tout en précisant que « la question n’est pas de déréglementer le temps de travail ». Une augmentation des heures de travail qui sera compensée par une majoration salariale, alors que bon nombre de soignants arrondissent leurs fins de mois en travaillant dans le privé. 

Une telle position suscite la méfiance de plusieurs syndicats. Au premier rang desquels la SNPI, qui s’oppose à cet assouplissement pour lui préférer une augmentation des effectifs à hauteur de 10 %, soit la création de 20 000 postes. Même son de cloche du côté de l’Ordre des infirmiers, qui « plaiderait plutôt pour qu’il y ait davantage d’infirmiers ». Preuve que les acteurs du secteur plaident davantage pour une augmentation des effectifs que pour une augmentation de la durée de travail.

Mais la question des 35 heures cache celle de l’organisation du temps de travail au sein des hôpitaux. Pour Olivier Véran, l’enjeu est de permettre à ceux qui le souhaitent « d’organiser leur temps de travail différemment ». Un impératif alors que l’application des 35 heures ne s’est pas accompagnée d’une réflexion de fond sur l’aménagement du temps de travail au sein de l’hôpital. Ces assouplissements en matière de temps de travail pourraient constituer une condition à d’éventuelles négociations.

Ségur de la santé : investir davantage dans l’hôpital public et revenir sur les fermetures de lits

L’un des volets du Ségur de la santé porte sur l’investissement, alors que les pouvoirs publics mènent jusqu’à présent une politique de réduction des coûts. Une logique avec laquelle veut rompre Olivier Véran, qui souhaite une « révision de la doctrine capacitaire » et la sortie « du dogme de la fermeture de lits ». Autrement dit, le ministre des solidarités et de la santé souhaite revenir sur la politique de fermeture des lits, privilégiée par l’ensemble des gouvernements depuis le début des années 2000. Par exemple, la suppression de lits de nuit se chiffre à 17 500 entre 2013 et 2019, selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees). À cet égard, la SNPI réclame la création de 20 000 lits afin de proposer « des capacités d’accueil » qui « soient dignes d’une sixième puissance mondiale ».

Si le gouvernement n’a pas encore communiqué sur le montant de l’enveloppe qui sera allouée aux hôpitaux, c’est qu’il doit au préalable gérer la question de la dette. En effet, la politique d’investissement doit composer avec le niveau de la dette des hôpitaux qui se chiffre à 30 milliards d’euros selon France InfoPour sa part, la Fédération hospitalière de France demande au gouvernement d’augmenter l’investissement dans les hôpitaux de deux milliards par an. Un montant qui ne manquera pas d’alimenter les discussions des quelques 300 personnes, qu’elles soient responsables syndicaux, représentants associatifs ou professionnels, invitées à débattre dans le cadre du Ségur de la santé. Parmi les autres sujets qui seront abordés, figurent ceux de la gouvernance ou encore de la fin de la tarification à l’activité.

Si la crise sanitaire est riche d’enseignements pour de nombreux secteurs, elle est aussi source de réformes. En témoigne le Ségur de la santé dont le gouvernement s’apprête à dévoiler la feuille de route et les modalités de concertations ce lundi 25 mai. L’objectif est clair : réformer de fond en comble le système de santé. Pour y parvenir, le gouvernement va devoir composer avec deux impératifs. D’une part, celui de la reconnaissance et de l’écoute des revendications après deux mois de mobilisation du personnel soignant dans le cadre de la crise sanitaire. De l’autre, l’impératif financier, plus que jamais d’actualité, en raison de l’explosion de la dette et d’une crise économique sans précédent.

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